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Gabrielle Rigo, peintre surréaliste

Gabrielle Rigo 1911 - 2000

" l'harmonie dans le surréalisme" 

 

 gabrielle rigo

Gabrielle Rigo  " Variation sur la gare de Metz"

 

LA VIE DE GABRIELLE RIGO

  

Née le 19 mai 1911 à Homécourt (Moselle), Gabrielle Rigo est morte le 7 décembre 2000 à la maison de retraite de Sorèze (Tarn).

Son père, ingénieur à Nancy, d’ascendance belge, lui donna le goût des arts et de la musique ; il fabriquait lui-même à ses moments perdus des violons avec un luthier de ses amis et de jolies boîtes en marqueterie de bois. Il emmenait Gabrielle au concert toutes les semaines.

Gabrielle apprit le piano. Excellente pianiste, sa professeur de piano à Nancy, faisait grand cas de son talent et avait organisé des concerts pour elle. Plus tard, ne pouvant plus rester au niveau de ses exigences en piano, Gabrielle se tourna vers l’art.

Du côté de sa mère, Lucie Henry, c’étaient des maîtres de forges de Brévilly, près de Sedan.

Pour son 25e anniversaire, Gabrielle épousa à Nancy Jacques de Hédouville, ingénieur chimiste, le 19 mai 1936. Elle en eût trois filles : Christine (18 septembre 1838) à Hagondange, Moselle), Sylvie qui naquit à Caen en plein guerre (10 janvier 1940), où leur père était observateur d’aviation, et Pascale, enfant handicapée (10 janvier 1949).

Jacques était ingénieur à l’U.C.P.M.I. d’Hagondange ; en 1941 il eût à s’occuper d’un camp de prisonniers rapatriés près de Toulon. Démobilisé, ils allèrent vivre à Flayosc dans le Var, puis à Venton dans les Hautes-Alpes, près d’Albertville où les trouva la Libération. A la fin de la guerre, ils revinrent à Hagondange où Jacques dirigea l’aciérie Thomas.

Depuis longtemps, Gabrielle dessinait des livres pour ses filles ; elle recopia les illustrations des « Histoires comme ça » de Kipling, et leur faisait dessiner des histoires d’après les Albums du Père Castor, du temps que Jacques leur lisait « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède », qui fut le livre-clé des enfants de cette génération.

Gabrielle avait toujours aimé peindre des gouaches qu’elle alternait avec ses études de piano, puis de clavecin. Un éditeur de tissus d’Aix-en-Provence, qui habitait aussi à Paris, place Saint-Sulpice, édita en tissus d’ameublement des bouquets et des arbres qui eurent un certain succès. Elle travaillait aussi pour un décorateur, M. Royère, qui lui fit faire des panneaux de fleurs séchées collés sur verre pour le palais de Farah Dibah et divers hôtels à Téhéran (tout cela a été détruit par la révolution intégriste). Ce Royère envoyait ces panneaux sur un wagon en gare d’Hagondange.

Gabrielle était une femme de grande allure : fine de silhouette et de caractère. Elle était passionnée par tout ce qui est beau. Sa peinture à l’huile, à laquelle elle se mit véritablement en 1957, sur les conseils de Jean Escande, son futur gendre, lui-même dessinateur et peintre, est très sombre et tourmentée. Les formes des crassiers sidérurgiques lui inspirèrent des paysages lunaires. Elle fut précurseur d’une peinture figurative abstraite. Ses œuvres sont originales et fortes ; elles révèlent le côté tragique de son existence qu’elle savait si bien dissimuler dans la vie courante, qui a été l’arrivée de sa fille Pascale, afligée d’un handicap mental. Celle femme qui ne vivait que par et pour la beauté, s’en est trouvée atteinte très profondément. Son harmonie conjugale et personnelle en fut dégradée. Jacques aimait profondément cette femme secrètement blessée. Elle reportait toute son affection sur ses filles Christine, qui est devenue peintre, et sur Sylvie, qui toucha à tous les arts, de la reliure à la broderie, en passant par la sculpture, les collages, les encres et la clarinette.

En 1957, donc, Gabrielle se mit à peindre à l’huile. Elle exposa à Paris rue de Vaugirard, à la galerie « Le Soleil dans la Tête ». Elle illustra par des gouaches un ouvrage du poète Marcel Béalu, « L’Expérience de la Nuit ». Au cours d’un voyage en Grèce, puis au Liban, elle fit connaissance du poète Georges Shéhadé et correspondit longtemps avec un autre poète, Jean Chatard.

Elle fut toujours attirée par le Midi. Après le mariage de ses filles avec des Méridionaux, en 1960 et 1961, qui s’installèrent dans une propriété viticole dans l’Aude, elle poussa Jacques à acheter pour leur retraite un domaine en Ardèche, à Villeneuve-de-Berg.

 Désormais elle se consacra entièrement à la peinture, et exposa à Paris, Galerie Dauphine, à Narbonne, à Valence et à Aix-en-Provence. Ses goûts la portaient vers la peinture surréaliste et elle eût un groupe d’amateurs qui la poussa à exposer en Belgique, dont son père était originaire, où divers musées acquirent de ses toiles. Plusieurs de ses peintures partirent chez des collectionneurs aux Etats-Unis et en Hollande, et Paco Rabanne possède trois de ses œuvres.

Après avoir fondé divers foyers pour handicapés comme l’était Pascale (un en Moselle, un en Ardèche, d’autres dans le Gard et la Drôme), pour lesquels il reçut l’Ordre du Mérite qu’il n’avait pas demandé), Jacques s’occupa de ses vignes et de ses ruches, car son désir avait de tout temps été de vivre à la campagne.

Les collectionneurs de Gaby, comme tout le monde l’appelait, dont M. Rochette de Carpentras, lui organisèrent des expositions et venaient régulièrement voir sa production en Ardèche.

Jacques mourut en août 1988, d’un cancer des os, à presque 80 ans, après une retraite idyllique, et Pascale, brusquement, en janvier 1994. Gabrielle ne voulut pas quitter sa merveilleuse maison à laquelle elle tenait beaucoup ; elle y demeura jusqu’en novembre 1997, où, décidément, elle ne pouvait plus se suffire. Christine, qui entre temps s’était installée avec sa famille dans le Tarn, la ramena près d’elle, à la maison de retraite de Sorèze, où elle passa les trois dernières années de sa vie, atteinte de la maladie d’Elsheimer, avant de s’éteindre à quelques mois de son 90e anniversaire, le 7 décembre 2000.

Les caractéristiques de Gabrielle étaient une grande générosité, un immense courage, beaucoup de joie –ce qui peut paraître anachronique avec son œuvre tourmentée-, et une incroyable puissance de travail.

En Ardèche, son temps était réglé comme un métronome : le matin était consacré à la peinture, l’après-midi à la musique, à la promenade et au jardinage. Le soir était consacré à la broderie (chemisiers, draps, robes, robes de chambre… Tous brodés dans les divers styles ethniques : guatémaltèques, indiens, ou copiés sur des tableaux anciens), le tricot (gant en jacquard aux mille couleurs, pulls, couvertures pour des œuvres caritatives), et les innombrables et merveilleux ouvrages dont elle a abreuvé ses filles et sa petite-fille.

 

                                                           Angélique Dubuisson

                                                           Petite-fille de Gabrielle Rigo

Gabrielle Rigo Gouache

Gabrielle Rigo Gouache
Ci dessus Gouaches sur papier illustrant l'ouvrage de Marcel Béalu "L'expérience de La nuit"

1/" Esprit particulier dont fait preuve la lissive de Mme R.Vendu" 2/" Il y avait toujours une robe de mort pour toi"

Texte écrit par Marcel Béalu pour le vernissage de l’exposition de Gabrielle Rigo à la galerie « Le soleil dans la tête » à Paris en février 1958  "Il ne faut pas craindre de se brûler aux flammes de Ia nuit pour ravir aux rêves leurs images. J'imagine que l'arsenal dont se sert Gabrielle Rigo pour fixer sur le papier une matière si fugace doit sentir quelque peu le roussi. Elle ne semble d'ailleurs nullement s'en douter c'est avec la candeur et le sérieux d'une élève des Beaux-Arts exposant ses premières gouaches qu'elle nous livre aujourd'hui le résultat de ses rapts secrets, inconsciente, dirait-on, des flammes qui les entourent encore.On croit en avoir fini avec la nuit et ses ombres griffues vous sautent dessus. Il advient à l'auteur de ces lignes une aventure singulière. Plus de dix ans après avoir tenté, pour s'en délivrer à jamais, une expérience (1) dont bien peu des éléments ne furent empruntés aux marécages brûlants des rêves, voici qu'une inconnue de lui le replonge dans ces brumes sulfureuses en matérialisant les fantômes que lui-même n'osa alors regarder en face. Le plus étrange est qu'il lui faut bien les reconnaître.Quel compliment je fais à notre illustrateur ! J'écrivais plus haut un tel sérieux et une telle candeur !

J'ajoute    une telle maitrise et une telle audace ! "

MARCEL BEALU.

 (1) cf « L’expérience de la nuit (gallimard éditeur) dont la plupart des gouaches exposées sont l’illustration. 

 

 


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