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LE GRAND CHEMIN DES VACHES, nouvelles

LE GRAND CHEMIN DES VACHES, nouvelles

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Nouvelles fantastiques, dit le sous-titre. Un fantastique vécu en partie. Et c?est là sa grande originalité. L?imaginaire et la réalité se confondent dans les noms de lieux ou de personnes. Une psychologie très fine préside au déroulement de l?action qui nous amène au bord de la solution et puis rebondit très adroitement pour maintenir le suspens. Le lecteur n?y trouvera pas les grosses ficelles qui, sottement, conduisent à un indubitable dénouement. Ils y découvriront par contre une constante poésie où la richesse verbale le dispute à la simplicité.
Angélique a 22 ans lorsqu?elle publie ce premier recueil de nouvelles ; jamais on aurait pu supposer que quelqu?un d?aussi jeune conduise avec tant d?habileté la psychologie de personnages avec le suspens qui convient à des chutes si inattendues.
Le déclic de l?écriture s?est produit chez elle, après la découverte de l??uvre de Jorge-Luis Borges. Imagination fantastique et espiègle, précision de la description, cheminement du récit par coups de théâtre, elle possède le don du conteur, tirant la chute de ses histoires de « derrière les fagots ».
A travers cinq séries de six ou sept nouvelles chacune, aux titres délicieusement évocateurs (Histoires d?ombre, le Bouquet d?Armoise, La Messagère, Les Fruits de l?Espoir, Les Eaux Blondes), l?auteur nous transporte dans un monde où elle a voulu exprimer « le petit grain de fantaisie fantastique de la vie quotidienne ». A savourer comme une boîte de friandises.
Illustré par les toiles surréalistes et humoristiques de la mère de l?auteur, Christine de Hédouville, et les dessins drôlatiques de son père, Jean N.D. Escande.

EXTRAIT

« J’en étais à ce moment de mon indécision, quand sur ma droite, je vis trembloter une lueur jaunâtre, qui avançait en vacillant, comme quelqu’un de saoul qui marcherait sans conviction et dans le plus bachique des désarrois. La lueur qui me semblait être, à cause de la fatigue de mon imagination, feu-follet ou fadette, n’était en réalité qu’une simple  bougie que je distinguais plus nettement à mesure que le personnage qui la tenait, avançait vers moi. J’avais oublié dans ma stupeur, que j’étais fondu dans la plus pure ombre, et je fis sursauter la voyageuse par mon appel, pourtant doux et bref et il me fut alors donné de voir une beauté bien étrange (…) » (Le Grand Chemin des Vaches)
    « Mon Athéna de bronze était négligemment assise à mon bureau, fouillant tranquillement dans mes papiers et promenant son visage verdâtre sur mes écrits et mes factures. Je suppose que c’était elle qui avait posé sa lance à son côté, contre la chaise, et sa chouette, son symbole de sagesse, virevoltait lourdement en frôlant ses épaules. Les mains longues et fines de Minerve s’appesantissaient sur la table en faisant un bruit mat et inquiétant, sa cuirasse se mouvait en crissant et la tête de l’effroyable Méduse, d’ordinaire décor immunisant de son habit de guerre, semblait prendre goût à la vie. Athéna arrêtait de temps à autre son regard vide sur tel ou tel de mes papiers, et se mettait à pouffer insolemment en bougeant étrangement sa bouche parfaite, et en gonflant ses dures joues. Elle dit à la cantonade d’une voix métallique : « Il lui faudrait une bonne guerre ». (Sur les pas de Pygmalion)


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