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Escoussens sous la révolution et l'Empire
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En 1790, le village d?Escoussens, dernière commune du Tarn limitrophe avec l'Aude, compte un millier d?habitants, presque tous occupés au travail du bois: bûcherons ou charbonniers, charpentiers. La grande affaire de la Révolution, dans cette commune, c?est l?éviction des Chartreux, seigneurs autoritaires depuis 300 ans. On a affaire à des moines procéduriers peu décidés à lâcher les énormes passe-droits accumulés depuis des siècles: ainsi ce sont eux qui jouissent de la forêt de Cayroulet, au-dessus d?Escoussens, en vendent le bois de charpente, le charbon, et c?est la commune, déjà très pauvre, qui en paie les impôts! On assiste, dans la ravissante église, qui a peu changé depuis, à l?élection du premier maire d?Escoussens, Charles de Fornier, dont le frère, devenu général de dragons, est tué en Pologne. La misère des habitants les pousse à une révolte légitime, et c?est une guerre sans merci qui se joue dans la forêt, entre « coupeurs de bois » au profit des moines, et habitants du village.
La guerre éclate en 1792. Sur 774 hommes recrutés pour l?armée, à Escoussens, 13 seulement sont rendus au bataillon? La montagne s'emplit de réfractaires, soldats déserteurs ou prêtres non jureurs. Napoléon rétablit l'ordre, mais la guerre continue 23 ans . Il n'existe pas , dans notre Montagne Noire, de monographie aussi complète, reconstituée d?après les archives municipales par Jean N.D. Escande, Un livre vivant et vrai, qui nous fait toucher du doigt les réalités, souvent insoupçonnées, de la Révolution et de l?Empire.
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« Les privilèges des Chartreux sont exorbitants et, à deux ans d’être dépossédés, ils n’entendent pas céder sur un seul. Ils s’opposent sourdement aux décrets et n’en font qu’à leur tête, se hâtant, sachant leur départ inéluctable, de faire ravager la forêt par leurs adjudicataires (des marchands d’Escoussens). (…) Les moines préfèrent que les bois soient pillés par des riverains, d’Arfons ou de Verdalle, plutôt que leurs ex-vassaux d’Escoussens en profitent. Leur conduite est écoeurante: sommés, selon la loi, de faire le dénombrement de leurs biens devant la municipalité dont ils ont été les seigneurs pendant plus de 3 siècle, ils préfèrent aller rendre des comptes à Castres devant des complices... »
« Un pays de montagnes escarpées, de forêts profondes et étendues, de métairies cachées dans les bois, dont les sentiers difficilement accessibles interdisent l’accès aux chevaux de la Gendarmerie, devaient favoriser les cachettes des déserteurs. Les départements du Midi étaient restés Royalistes (…): « Citoyens, vous avés dans votre municipalité un citoyen nommé Louis Bernard, dit « Fabriquant », berger à la méterie de Ramondens et ci-devant berger à Fonbrune. Cet homme était désigné pour le contingent à fournir par le canton de Labruguière pour la formation du Bataillon « Le Vengeur ». Comme cet homme est party de chés nous pour se changer à Ramondens postérieurement après sa désignation, nous venons vous prier de prendre les mesure nécessaires pour que cet homme nous soit rendu de suitte à sa destination pour se réunir à ses frères d’armes (…) » Il n’y avait pas que les bergers et les artisans du village pour goûter les charmes de la liberté sylvestre: on trouve à Escoussens des déserteurs étrangers, provenant des troupes disparates du « roi de Bohême et de Hongrie ». Ces engagés (…) appâtés par l’espoir d’un gain que leur promettait l’Assemblée Nationale, vinrent chez nous assez nombreux, soit disant pour former une « Légion Germanique » qui fut une vraie pétaudière. A force de les voir re-déserter dans leurs anciens régiments autrichiens, on les envoya en province jouer les valets de ferme: n’étant pas faits pour cette existence paisible, (…) ils s’en lassèrent vite. Voici le signalement d’un Polonais au service de l’Autriche (…) qui a levé le pied en mars 1795: « Le nommé Jean Golish, déserteur étranger, du nombre de ceux qui ont été placés dans cette commune le 30 Vendémiaire dernier, âgé de 24 ans, Taille de 5 pieds 5 pouces, cheveux blonds, sourcils idem, yeux gris, nés aquilain, bouche petite, menton rond, front grand, visage plein, déserta hier étant à travailler le champ d’un particulier de cette commune, et il emporta avec luy un sac appartenant au propriétaire du champ. Je m’empresse de t’en donner avis pour que tu prennes des moyens de faire arrêter cet homme. J’ignore de quel côté il a porté ses pas. Vive la République. »
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