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Journal de Mathieu

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« LE JOURNAL DE MATHIEU » PENDANT LA GUERRE DE 14-18

Journal du grand-père de l?auteur, charpentier à Labruguière, Tarn.
Mathieu Escande eût toujours le goût d?écrire ; envoyé au Sahara en 1898 pour son service de trois ans, il apprit le métier de télégraphiste et écrivit des lettres pittoresques à sa famille sur les us et coutumes du désert ; témoin de la mission Flamand et de la prise d?In Salah, il décrivit son quotidien cocasse et tourmenté.
Des années plus tard, à plus de 40 ans, laissant sa famille et son entreprise de charpente à Labruguière, le voilà à nouveau sous les drapeaux pour 4 ans, dans la tourmente de la Grande Guerre.
LE JOURNAL DE MATHIEU montre les réactions d?un homme du peuple, doué d?une culture issue de la terre, la seule qui soit réelle, sapeur au 2de Génie, dans les circonstances dramatiques que fut la 1ere guerre mondiale.
« Panique. Le Ier juin. De sous la voiture je repasse beaucoup de choses, quand on m’annonce que notre capitaine a eu une citation à l’ordre de la division pour l’avoir bien ravitaillée en matériel. Moi je trouve qu’il en a trop fait arriver, la division n’ayant besoin que de 40 voitures tous les jours, il en est arrivé pendant 20 jours 100 voitures: aussi l’excédent est aux mains des boches. Je le vois encore le soir de notre départ « nerveux », ne sachant où vivre, faisant charger quatre voitures du C.V.A.X. avec des bougies, du carbure et des petits outils qui n’auraient du être là que pour les besoins journaliers de la division. Trois ou quatre jeunes soldats disent: « Voilà les boches! » Nous nous empressons d’aller voir, et ce ne sont que les troupes françaises qui se replient en combattant; les boches sont encore bien à deux kilomètres d’où nous sommes. Le capitaine avance, voyant ce rassemblement, et les jeunes lui font les mêmes raisonnements. Tout affolé, il dit: « Laissez tout et partons ... »
*
    « Bombardement intense. Le 30 juin. Toute la nuit l’artillerie a fait rage au Mort-Homme ou à la Côte 304. Ce matin nous revenons travailler à l’abri du commandant, il a plu beaucoup, et la terre est toute détrempée. A 10 h, nous remontons à notre cantonnement. L’artillerie ne cesse pas une minute, et toute la journée pareil. C’est à ne pas comprendre comment des hommes peuvent vivre malgré un bombardement pareil en première ligne. Les avions sillonnent le ciel, et les canons contre-avions tirent dessus. Les saucisses sont aussi en grand nombre des deux côtés. Une pièce à longue portée tire sur Blercourt ou Dombasle, car les obus passent sur nous en sifflant, et on n’entend pas l’éclatement qui doit être au moins à cinq kilomètres. »
*
    « Le 6, je suis plein d’idées noires et de pessimisme –ce qui me fait dire que tant d’orgueil et de haine, accumulés par un prince, si puissant soit-il –il n’est que d’essence humaine et non divine-  et tant de mal ne peut rester impuni de Dieu (…). Ne pourrait-on arriver à un accord où le perdant aurait son indemnité à payer, et non aux armes? L’idée socialisme fuit mon cœur, tant cela me paraît irréalisable et n’est qu’une utopie. L’orgueil engendre l’ambition et la haine des peuples. Je viens d’écrire à Clémentine, mais sans gaîté, car elle m’annonce une traîtrise de Ruisseau et Martin. Cela me bouleverse (…) Cette journée me fait un grand vide; il me semble que quelque chose me manque. Je ne pense qu’à Clémentine, Clément et Jeanne, (sa femme et ses enfants) assurément ce qui me manque, c’est mon âme qui est avec eux. »

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