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Menti, une amie de Stendhal
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Clémentine Curial, surnommée Menti par sa famille, est la fille du comte Beugnot, ministre de Napoléon, puis de Louis XVIII; c?est aussi la femme du général Curial, comte d?Empire. Pour la postérité, elle reste un amour de Stendhal; malheureusement, l?exécuteur testamentaire de l?écrivain détruisit les lettres que Menti avait adressée à l?auteur de « Lucien Leuwen », nous privant ainsi du plus beau roman d?amour.
Heureusement, la chance signe parfois des recours en grâce. Jean N.D. Escande a retrouvé l?ensemble des lettres adressées par Menti au Vicomte de la Tour du Pin, qui s?il est moins connu en littérature, n?en est pas moins intéressant. De 1836 à 1840, cette correspondance permet de tracer de l?amie préférée de Stendhal le portrait depuis si longtemps attendu. On voit enfin la femme qui se cache derrière les phrases si émouvantes des « Souvenirs d?Egotisme » et de « La vie d?Henry Brulard »: « Quant à l?esprit, Clémentine l?a emporté sur toutes les autres ». On plonge dans l?univers romantique des châteaux proches de Compiègne et des demeures du faubourg Saint-Germain, avec leur faune d?Ultras retirés du monde. Menti est elle-même une Ultra, qui ne quitte son château de Monchy-Humières que pour les villes d?eaux. Elle fréquente un auteur à succès, Cousen de Courchamp, dont les « Souvenirs de la Marquise de Créquy » furent le best-seller de l?année 1835.
C?est un monde ancien qui revit dans cette correspondance; par bien des côtés, il ne manque pas de rapports avec notre époque. |
Depuis longtemps marié et père de grands enfants, Henry de la Tour du Pin Chambly est né en 1783, comme Stendhal; c’est un homme de lettres, auteur de « Caractères et Réflexions Morales », et de divers écrits agronomiques très à la mode dans la noblesse propriétaire terrienne de la Restauration. Son père a été exécuté par le Tribunal Révolutionnaire de Paris comme conspirateur: un de ces nombreux complots bidon où excellait Robespierre pour affermir sa place. Il avait 48 ans. Le Vicomte vit séparé de sa femme et papillonne volontiers ailleurs. Menti n’est pas la seule amie de coeur; et d’ailleurs, tandis qu’ils s’écrivent, et que le vicomte classe les chères lettres de sa belle correspondante sous le titre: « lettres de mon amie Madame Curial », Stendhal veut renouer avec Menti: froideur profonde de sa part, qui lui écrit de Dieppe: « on ne rallume pas du feu avec des cendres ». Pour elle, sa liaison avec Stendhal était trop lié au souvenir affreux de la mort de sa fille Bathilde, et au sentiment de culpabilité qu’elle avait entraîné.
Le Vicomte a lui aussi perdu deux enfants, sur cinq qu’il a eu de son mariage; peut-être ces douleurs-là ont-elles pu les rapprocher, alors que Beyle n’a pas de famille, dont point de souci, si ce n’est de sa petite personne.
Famille est le mot-clé de la société Ultra; ce n’est pas un parti, un groupuscule, c’est avant tout une famille. On y parle d’ailleurs de nos familles, qui sont les seules acceptables. Point de camarades, ni de complices, mais des parents, des alliés. Cela ne sortira pas de la famille, on lave son linge sale en famille… Tous ces gens, les Ultras, habitent des châteaux de préférence dans la région parisienne ou en Normandie, et sont atteints de maladies nerveuses. Pour se soigner, ils prennent des bains de mer à Dieppe, Boulogne. De ces villes d’eaux, on se lance dans une débauche épistolaire entre beaux et belles amies, tous plus souffrants, délicats et fragiles que c’est un vrai miracle qu’ils arrivent encore à tenir la plume. Les châteaux Ultras sont des lieux pour familles fermées, calfeutrées, qui depuis 1830, tournent dédaigneusement le dos à ce vil siècle. Nous n’enverrons pas nos fils servir ces Orléans, ces parvenus! On verra, dans les lettres de Menti, ses réactions à tout ce qui est Orléans et vile bourgeoisie: on ne croirait pas la fille du comte de fraîche date Beugnot, mais une Mortemart soi-même! Entre Ultras de la même génération, nés dans les années 1780, et qui ont donc la cinquantaine à la chute des Bourbons, on a décidé de ne pas changer d’opinion: on s’en tiendra à celle de 1815, le retour de nos Rois légitimes. On nie le réel, on vit entre soi. Tous ces gens, jeunes sous l’Empire et puissants sous la Restauration, copinent, cousinent à qui mieux-mieux, continuent les mœurs de leur jeunesse, frivole et incertaine. On ne parle et on ne pense qu’à l’amour...
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| Format :22 X 30.5 92 pages - port inclus - |
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