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ESOUSSENS 900 ANS D'HISTOIRE

ESOUSSENS 900 ANS D'HISTOIRE

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: « Les Bourgeois du Château ». à travers leur correspondance, à partir de la Révolution, se dessine la famille Lades. Le père, un protestant, achète le château comme bien national, pour une bouchée de pain. Ses enfants font souche à Escoussens tout au long du XIXe : Frédéric, maire irascible du village, Céleste épouse un empoisonneur, Casimir, médecin, ne fait pas payer les indigents…
La vie des Escoussendols y est largement décrite; la truculence du ton n’a d’égal que l’anti-conformisme de nos ancêtres. Procéduriers, frondeurs, moqueurs, nos collines abritent les mêmes individualistes qu’aujourd’hui, à peu de choses près… Un village sans histoires n’est pas un village… Escoussens en est un, vrai, original, superbe, qui revit sous la plume savante et ironique de Jean N.D. Escande, enfant du pays.

LES BOURGEOIS DU CHATEAU ( extrait)

 

            Aux revanchards de 1815, qui ne rêvaient que plaies et bosses pour effacer les honteux traités de la Sainte-Alliance, la Restauration apparaissait comme un crime, que dis-je ? Une monstruosité. Il était urgent de déclarer à nouveau la guerre à l’Univers. A la Russie pour libérer la Pologne, à l’Autriche pour libérer les Italiens, au Mexique pour installer, grâce à l’armée française, un empereur autrichien… Tant que la France eût des rois, ils s’opposèrent à ces âneries que désiraient de tout leur cœur les Français remuants : on lira les journaux et les mémoires du temps pour s’en convaincre. Il suffit en 1848 d’un empereur socialiste  élu deux fois avec une écrasante majorité pour donner vie à ces fantasmes qui se terminèrent, comme on sait, par la perte de l’Alsace et de la Lorraine.

            Or, de 1815 à 1848, avant l’élection de Louis-Napoléon Président de la République, que voyons-nous à la tête du pays ? Trois des rois les plus pacifiques que nous ayons connus. Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe ne firent pas tuer grand monde, et toujours à contre-cœur, ce qui leur donne, dans l’Histoire qui glorifie les assassins, une si mauvaise réputation. Pendant 33 ans, les Français vécurent une époque bénie qu’on ne peut comparer qu’à celle où nous vivons depuis 1950. C’est le Romantisme. Une période qui vit un développement prodigieux de l’agriculture, de la littérature, des arts. « Il faudra peut-être des siècles à la plupart des peuples de l’Europe pour atteindre au degré de bonheur dont la France jouit sous le règne de Charles X », reconnaît, pour une fois qu’il est sincère, ce jacobin de Stendhal. La Restauration a été caricaturée comme un temps de Retraites et de Missions, du triomphe des calotins. On élève un peu partout, comme dans le jardin du Mail à Castres, des Calvaires et des statues de la Vierge, qui ornent toujours les charmantes places de nos villages. Cela vaut bien les sinistres monuments aux morts de la 3° République. La Restauration, c’était la Paix. Sur les gravures populaires de la rue Saint Jaques, à Paris, des vendangeurs dansent devant des comportes. Des chasseurs à casquettes et guêtres de cuir mettent en joue des lapins qui ressemblent à des lièvres. On imprime des papillottes à devinettes pour envelopper les bonbons. On invente une liqueur : le Parfait Amour. Après les guerres atroces qui ont dévasté l’Europe, on redécouvre la douceur de vivre. Les soldats de Napoléon, redevenus charrons, maquignons, rouliers, goûtent un repos bien gagné. La paix et la vie familiale furent remises à l’honneur sous les trois derniers rois Bourbons.

            Comme après 1945, les petits, qui ont le plus pâti de la guerre, pansent leurs plaies. A Escoussens, les Espagnols libéraux, venus en France à la suite de notre armée, ne veulent pas revenir dans l’Espagne de Ferdinand VII, où l’on fusille et où l’on pend même les anciens guérilleros qui ont remis ce roi sur son trône ! Par contre, dans la bonne France, les révolutionnaires qui ont su profiter des occasions pour se goinfrer digèrent tranquillement sans que nul ne les trouble. Justement voici une famille entremêlée de frères et de sœurs, des bourgeois issus de la Révolution et bien décidés à en défendre bec et ongles les privilèges : les Lades, qui resteront comme notables à Escoussens pendant les trois premiers quarts du siècle.

            La Révolution ne profita qu’à cette famille qui en 1792 n’habitait même pas le village et n’était pas non plus de la religion des paysans, détail qui, à l’époque, a son importance. Le père, Pierre-Joseph Lades, réussit le coup d’éclat de sa vie en acquérant l’ensemble des biens que possédaient les Chartreux de Castres. 

Le texte " Les Bourgeois du château " est précédé de  « Escoussens sous la Royauté », par Jean N.D. Escande, dont la première édition, en 1988, était épuisée. A travers les archives municipales, patiemment décortiquées par l’auteur, nous redécouvrons la fondation du château par Raymond de Dourgne en 1185, Sentulie de Brettes lègue le château et la forêt aux Chartreux de Saïx au XIVe siècle,  la cupidité des Chartreux, la maîtresse de l’évêque, Catherine de Loÿs, au XVe s.… Une chambre, au château, s’appelle encore la chambre de l’Evêque.

 

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